Réflexions psychanalytiques sur les événements terroristes de ces dernières années

Le concept de rivalité fraternelle est présenté d’ordinaire comme positif. Le mot orne le fronton de nos édifices publics. C’est un lien horizontal, fortement ambivalent par nature, pas tellement visité par la philosophie et la psychanalyse, par rapport au lien vertical qu’est la filiation. Il y a non seulement, un désir fondamental de meurtre du père, le complexe d’Œdipe, bien connu et à l’origine de tant de littérature, mais le désir de meurtre du frère est tout aussi essentiel : Le complexe de Caïn. Une haine inaperçue, dissimulée et fondamentale de l’humain. Un « angle mort » de la psychanalyse. Avec Œdipe et Caïn, un complexe peut en cacher un autre. Les deux sont en interaction et cela est d’autant plus visible aujourd’hui que l’effondrement de la place du père laisse libre cours à la lutte des frères.

Terrorisme : les faits

Janvier 2015. Chérif et Saïd Kouachi font irruption, arme au poing, dans la salle où sont réunis les journalistes de Charlie Hebdo. La plupart sont tués à bout portant. Chérif et Saïd sont frères.

Au mois de novembre de la même année, un escadron de tueurs fanatisés sème la mort dans l’Est parisien, laisse des dizaines de cadavres dans une salle de spectacle. Parmi les assassins, deux frères, Salah et Brahim Abdeslam.

Pas une simple coïncidence

Coïncidence fâcheuse ? Non. Déjà à Boston, en 2013, deux hommes liés par les mêmes liens du sang, les Tsarnaev, étaient à l’œuvre. Même scénario avec Nawaf et Salem al-Hamzi, le 11 septembre 2001, Mohamed et Rachid Oulas Akcha, dans l’attentat ferroviaire sanglante Madrid 2004, et Abdelkader et Mohamed Merah, en 2012 à Toulouse.

Les faits sont têtus. La colère et la haine envahissent d’abord le champ de la conscience des survivants, appelant à la vengeance, au châtiment des criminels, au renforcement sans fin des mesures de sécurité. Mais d’autres voix s’élèvent aussi ; celles de philosophes ou de théologiens de toute confession prônant un autre antidote pour arrêter la main des barbares. La solution à ces débordements de haine se trouverait dans le sentiment fraternel qui doit unir tous les hommes. La fraternité, tel serait le remède qu’il conviendrait d’exalter. Un remède qui semble relever d’une sorte d’évidence lumineuse, simple, immédiate.

D’une part une solidarité fraternelle dans le meurtre de l’autre, en vérité, un frère imaginaire, d’autre part, une fraternité qui serait la solution à ce fléau. Epineuse contradiction.

La fraternité pour expliquer le terrorisme 

Que recouvre au juste le terme de fraternité ? S’agit-il d’une donnée première, naturelle, que les événements et les idéologies, religieuses, ou laïques, auraient pervertie ? Ou bien serait-ce plutôt une valeur, un idéal à conquérir, un horizon dont il faudrait se rapprocher en maîtrisant et en sublimant de naturelles et premières pulsions agressives ? En d’autres termes, la fraternité est-elle vraiment la solution ou le problème ? L’invoquer sans arrêt au fil du discours lénifiants apaise-t-il la haine ou jette-t-il de lui sur le feu ?