Voici une ébauche de réflexion suite à la lecture de l’excellent ouvrage de Liliane Zylberztejn, « Intinéraire d’une enfant maltraitée » paru aux éditions Odile Jacob.

Une enfance tragique 

Liliane Zylberztejn est psychanalyste et psychodramatiste. Elle vit à Paris. Sa vie et particulièrement son enfance sont dignes d’un roman tragique. En effet, petite fille juive, orpheline de son père, elle a échappé à la persécution nazie. Après la guerre, elle est ensuite victime de maltraitance au sein de sa propre famille. Sa seule liberté sera de s’opposer grâce à un sentiment de haine de l’autre

En lisant ce récit autobiographique nos petits malheurs quotidiens apparaissent en regard absolument mesquins ; Chacune des étapes de sa vie, de sa naissance un peu avant la guerre à son retour en France et ce qui s’en est suivi, suffirait à marquer au fer rouge la vie de n’importe lequel d’entre nous.

La haine comme défense protectrice

Mais Liliane Zylberztejn, nous explique sans pathos comment elle a pu surmonter cela et se construire quand même une belle vie. C’est en travaillant au souvenir de sa propre histoire et à partir de cas de patient, qu’elle explore ce moyen de défense psychique qu’elle nomme « la haine salvatrice ». Elle écrit « la haine m’a été nécessaire. Elle était le seul moyen d’échapper à la position de victime ».  Mais consciente que la haine est le revers d’une même médaille avec l’amour, LZ s’interroge sur comment échapper à son empreinte. Car comme une sorte d’amour inversée, la haine entretient toujours ce lien maternel que l’on avait tant refusé.

Il faut le reconnaitre : haïr un parent, c’est encore en attendre quelque chose. Pour autant, la haine n’agit pas de la même façon que l’amour. Animé du sentiment de haine, on devient plus actif. C’est là que réside le piège en donnant l’illusion d’une séparation psychique. Toute l’énergie que développe l’enfant pour crier sa vérité, refuser de donner raison au parent, ne pas endosser le rôle de victime passive lui donne force et énergie mais il ne résout pas ainsi la question douloureuse de la dépendance et de la séparation. La haine doit être dépassée pour laisser place au désir. C’est cela devenir sujet, soutenir son désir et faire ses choix de vie sans souci de plaire ou déplaire à l’adulte.

Ce témoignage d’une grande sincérité sur les mécanismes de survie et les moyens de lutter contre les maltraitances est précieux et inspirant. Ces parole d’espoir nous incitent à accepter notre propre histoire, si douloureuse qu’elle ait été et nous invitent à être créatifs dans notre vie.