L’Ordinaire symptôme, Radmila Zygouris, Edition d’Octobre

ordinaire-symptome-psy-95Qui est Radmila Zygouris ?

Radmila Zygouris est psychanalyste, anciennement membre de l’École Freudienne de Psychanalyse. Elle a été l’une des fondatrices de la Fédération des Ateliers de Psychanalyse en 1982. Auteure de plusieurs ouvrages, elle écrit en 2012 « L’Ordinaire, symptôme » que Pierre Babin édite. Ce livre retrace toute la période de la dissolution de l’École Freudienne de Paris jusqu’à aujourd’hui en se centrant sur « L’Ordinaire ». L’Ordinaire était revue psychanalytique marginale au sein de l’École Freudienne de Paris, que l’auteure fonda avec Francis Hofstein. Les articles ne portaient pas la signature de leurs auteurs.

L’Ordinaire du psychanalyste

Concrètement, nous retrouvons dans ce livre cinq textes écrits par , Radmila Zygouris entre 1976 et 1979. Chaque texte est suivi d’une discussion « après coup » entre, Radmila Zygouris et Pierre Babin dans l’idée de considérer si les interrogations de l’auteure, jeune analyste à l’époque, sont toujours pertinentes et quelles pourraient en être les formes actuelles
Oui, quarante ans après, les questions sont toujours pertinentes et d’une grande actualité. C’est là, toute l’originalité, la richesse de ce livre et l’intelligence de son propos. On appréciera le style franc et corrosif de l’auteure qui, pas plus que dans les textes publiés dans l’Ordinaire de l’époque, ne s’enferme dans une écriture stylisée mais privilégie au contraire la fluidité et l’authenticité. En outre, , Radmila Zygouris nous transmet une écoute analytique, un savoir au-delà de la théorie qui ne s’apprend pas mais se façonne, comme un artiste se saisit d’un peu de matière pour en extraire son œuvre. Loin d’être un commentaire de commentaires… de concepts lacaniens, ce livre nous offre une réflexion libre susceptible de nous mettre en mouvement et au travail.

Qu’est ce que la revue : L’Ordinaire ?

Rappelons rapidement le temps de l’Ordinaire que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…
L’Ordinaire a été créé par une certaine gauche libertaire à la belle époque de la psychanalyse, celle du vivant de Lacan, de l’École Freudienne de Paris de l’après mai 68, désireuse de sortir du carcan étouffant des standards de l’École Freudienne. « Plus qu’une revue ordinaire, l’Ordinaire a été un lieu d’accueil pour des paroles qui, n’ayant pas pu se dire ou n’ayant pas reçu de réponses, ont été écrites… des paroles restées en rade chez l’analyste avec les défaillances de sa propre théorie ou de sa propre analyse ». On s’étonne, en lisant ces écrits datés, de leur force et de l’actualité des questions qu’ils font surgir notamment sur la situation de la psychanalyse aujourd’hui, sa pratique, sa légitimité et sa transmission.

Des dogmes bousculés

L’auteure n’hésite pas au passage à bousculer quelques dogmes et croyances sur le rôle de l’argent dans la cure, empêcheur d’une éventuelle jouissance de l’analyste, sur les négligences du contrôle, les institutions sclérosées, la formation des analystes… et souligne qu’il faut être un peu doué pour faire ce métier. C’est un livre grave aussi qui évoque le suicide dans les institutions (Tausk, Sebag) et rappelle la controverse de la passe instaurée à l’époque par Lacan. Un analyste est toujours en devenir et c’est avec ses analysants qu’il le devient. Combien d’analysants pour faire un analyste ?

Un maigre héritage de l’époque du vivant de Lacan

Aujourd’hui, qu’en est-il de notre ordinaire symptôme pour les psychanalystes ? Eh bien, il n’a pas beaucoup changé avec, en plus, une société qui se dégrade et en moins, des lieux, des refuges pour que les analystes en herbe puissent prendre la parole, se rebeller. Après cette période euphorique, l’héritage est quasi nul. La psychanalyse bénéficie d’une image assez déplorable aussi bien dans les institutions que dans les cabinets privés. Il règne aujourd’hui dans certains CMP et autres institutions un discours de maître plutôt psychiatrique voire psychologisant. Pas de questionnement sur la place de chacun, d’élaboration du/des transferts…les tous ne font que de l’Un. Dommage qu’ils ne soient pas des lieux d’échanges, de recherche active sur la clinique, où les moins expérimentés pourraient s’aventurer à quelques élaborations analytiques sans avoir l’impression de mettre leur tête sur le billot.

L’émergence du psychotique

Radmila Zygouris soulignait déjà dans un de ses textes de l’époque : « L’émergence du psychotique (chez ceux notamment dont ce n’est pas l’aspect dominant) est toujours sollicitée par l’institution mais se produit aussi dans toute situation de vie ou de travail qui exclut l’expression des tensions pulsionnelles de haine ou d’amour par un discours qui se présente comme plein et ne laisse ni place, ni trace aux trous, au rien de sens, installant une fausse continuité là où les sujets, ne pouvant nommer l’innommable, agissent une chose et croient parler une autre. ». N’est-ce pas là une réflexion qui caractérise le malaise de notre époque ? Car il est bien difficile pour les psychanalystes aujourd’hui de se sentir légitimes dans une société qui répond à un discours médiatique néo-libéral du « tout est possible », d’une jouissance immédiate, d’une vérité qui se doit d’être transparente laissant de côté la singularité du sujet et laissant la part belle à toute sorte de thérapies rapides et soi-disant efficaces.

Pour conclure

Le livre de Radmila Zygouris est ainsi une bouffée d’oxygène. C’est une invitation à penser autrement. Une tentative de construire un nouveau collectif qui saurait prendre ses distances avec les institutions du savoir et qui offrirait un espace de liberté où la pratique et la théorie pourraient se retravailler en marge du discours des maîtres. Pourquoi les analystes ne passeraient-ils pas à l’acte ? À nous d’être créatifs. Ne nous contentons plus de l’ordinaire.

 

Si vous souhaitez consulter un psychanalyste : Christelle HENNEQUIN-LOEUL, 06 28 35 17  09