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La question pourrait également se poser ainsi : S’agit-il d’une maladie ou d’un ensemble de symptômes habilement rassemblé par les laboratoires pharmaceutiques ?

Dans tous les cas, c’est un sujet d’actualité et cela toucherait de nombreux individus causant une grande souffrance aux enfants atteints et à leur famille.

L’hyperactivité serait un trouble essentiellement de l’attention avec ou pas d’hyperactivité.

Le terme consacré et qui fait consensus aujourd’hui est TDAH : Trouble déficitaire de l’attention  avec ou sans hyperactivité.  C’est une appellation relativement récente. Avant, on parlait d’enfants hyperkinétiques, d’enfants qui avaient une hyper instabilité. Aujourd’hui, l’accent est mis sur l’attention.

L’un des problèmes de cette maladie est de quantifier le nombre de personnes atteintes.  Il y aurait 1 à 2% de personnes atteintes en France. Aux Etats Unis, on va  jusqu’à 12% voire 20% d’enfants dans certains états. Le TDHA est l’illustration de la dérive outre atlantique d’un sur diagnostic et donc d’une sur prescription médicamenteuse avec tous les effets secondaires et indésirables que cela peut engendrer. Le risque est que cela atteigne la France et l’Europe en général.

Bref, le constat est que le TDHA peut être sur diagnostiqué dans un pays et  sous diagnostiqué dans un autre. C’est un peu comme la dépression en France qui est très largement diagnostiquée c’est-à-dire que des milliers de personnes qui rencontrent juste des aléas de l’existence sont traitées par antidépresseurs alors que d’autres authentiquement déprimées et qui pourraient être améliorées  par un traitement, ne le sont pas suffisamment.

Le problème avec l’hyperactivité est qu’elle se présente sous un ensemble de signes que rencontrent beaucoup d’enfants et beaucoup de parents pourront reconnaître leur enfant : un enfant qui fait les cents pas, qui n’écoute pas quand on lui parle, qui a du mal à organiser son travail, qui est distrait, qui perd ses objets, son cahier de texte, un enfant qui a des difficultés pour attendre son tour en classe et qui lève toujours la main pour répondre ou qui a du mal à tenir sur sa chaise…La concordance de tous ces signes doit interpeller et surtout poser la question de comment améliorer cet enfant.? Faut-il un traitement médicamenteux ou une psychothérapie, ou les deux ? Comment va-t-on prendre en charge cet enfant ? Il y a un signe fondamental qui est celui de la souffrance, pas uniquement la souffrance de l’entourage qui rejette l’enfant mais la souffrance de l’enfant qui devient un bouc émissaire.

Nous avons en face de nous un système médico biologiste bien installé et qui englobe l’ensemble des phénomènes dans un concept psychiatrique nommé le TDAH alors que c’est un regroupement d’un certain nombre de comportements : impulsivité, troubles de l’attention, hyperactivité. Ce regroupement est artificiel mais efficace pour donner une visibilité diagnostic et prescrire.

L’hyperactivité serait-elle une invention des laboratoires pharmaceutiques ? Elle est d’abord une construction sociale dans laquelle les laboratoires pharmaceutiques ont un rôle extrêmement important. Mais elle n’est pas uniquement la conséquence des laboratoires pharmaceutiques. C’est aussi le problème de l’attention qui est une denrée rare pour les pédagogues, une valeur économique pour les publicistes par l’attention des consommateurs et c’est aussi une construction sociale car il existe une pression de plus en plus grande aux performances  scolaires et aussi au fait qu’on supporte de moins en moins les comportements des enfants difficiles. Le TDHA est devenu un mot fourre-tout et le risque est d’engendrer de faux diagnostics.

La question épineuse autour de l’hyperactivité est la prise d’un traitement médicamenteux. Faut-il donner de la Ritaline qui est une amphétamine qui a un effet paradoxal sur leur comportement ou bien entamer un travail de psychothérapie qui impliquerait toute la famille ?  Il existe de nombreux témoignages d’enfants qui ont vu leur état largement s’améliorer grâce à la Ritaline.   Mais il faut savoir ce que l’on veut. Ou bien la psychothérapie a pour but de faire évoluer les rapports intra-familiaux en faisant participer la famille à cet effort de remise en question, ou bien il ne s’agit que de prendre en charge un enfant qui souffre de sa position et de l’aider à supporter cette situation. Il n’y a guère d’alternative d’autant que l’effet visible de la Ritaline est à court terme alors que celui de la psychothérapie vise une évolution en profondeur.

Enfin, si l’hyperactivité de l’enfant n’est qu’une construction sociale visant à prendre ses enfants dans les rets d’une société qui refuse même d’écouter leurs questions, en prenant pour socle de notre réflexion le concept d’hyperactivité n’est-on pas en train de valider son existence et s’éloigner de la sorte d’une interrogation sur la complexité subjective sous-jacente propre à chacun des protagonistes ? Si c’est le cas, toute tentative de partir du symptôme pour en trouver l’origine n’aboutirait en fin de compte qu’à l’authentifier.

Livres de psychanalyse sur le sujet :

« Tous hyperactifs » P. Landman. Editions Albin Michel.

« Enfant hyperactif : enfant trahi » Gilbert Levet. Edition Erès

Christelle HENNEQUIN-LOEUL, Psychanalyste, 06 28 35 17 09.