Le jeu

Le jeu est d’abord affaire d’imagination

On n’y imagine des règles, des rôles, des situations. Et en cela, le jeu est un travail qui n’est pas négligeable bien au contraire, car en travaillant l’imagination, nous apprenons beaucoup.

Prenons par exemple le jeu des enfants : « On dira que tu es les indiens, qu’il y a le loup, que la bordure du tapis c’est la route, que sous le lit, c’est ton camp » etc…En faisant jouer ainsi son imagination, l’enfant apprend ce qu’est le pouvoir de la parole.

Il suffit d’avoir dit « On dira que tu es les indiens, que le tapis est la bordure de la route »  pour que cela soit. L’enfant expérimente alors ce pouvoir de création qui appartient à la parole humaine.

Par la parole, nous pouvons faire exister ce qui n’existait pas

De même si je te dis « je t’excuse, je te donne, je t’aime », l’excuse, le don, l’amour sont réalisés. Et si je ne les dis pas, ils n’existent pas. Grandiose puissance qui réjouit l’enfant et dont il use et use encore sans qu’elle s’use elle-même. A travers l’usage de cette puissance de la parole  et à travers ce travail de l’imagination, l’enfant expérimente la représentation, à savoir cette faculté que nous avons de nous représenter le présent autrement que ce qu’il se présente de lui-même.

Par conséquent, à travers le jeu de la représentation, l’enfant expérimente la liberté. Une liberté profonde, infinie, délicieuse, redoutable aussi. Le présent tel qu’il existe là, sous nos yeux, d’abord s’impose. La plupart du temps et dans sa grande majorité, nous ne l’avons pas choisi ni constitué. Ce présent, cette réalité est immense. Elle a ses lois imposantes mais par la baguette magique de la parole : la parole « On dira que » on peut lancer le processus de l’imagination, jeter le charme qui va transformer la réalité. Elle était là imposante et désormais par enchantement de la pensée, elle n’est plus qu’un matériau que l’imagination peut travailler, façonner à sa guise.

Le jeu comme expérience de la réalité

Ce travail de l’imagination est très instructif. Souvent on réduit l’intérêt du travail de l’imagination à l’évasion : pouvoir faire comme si la réalité n’existait pas tel qu’elle se présente et comme si nous existions ailleurs. Mais cette évasion est temporaire et illusoire et l’imagination n’est pas nécessairement illusion ou évasion et elle ne l’est jamais d’abord car d’abord, elle est expérience de la réalité. Expérience de qu’est vraiment la réalité.

Texte d’Olivier, Leçon des choses, Radio Gandharva Gana