arbre-de-vieBeaucoup pensent encore que le psychanalyste est un être froid, qui ne parle pas beaucoup, voir qui pourrait s’endormir dans son fauteuil….Il faut dire que l’image divulguée dans les médias n’est pas toujours favorable à la psychanalyse. Celle-ci étant souvent présentée comme une vielle dame austère et un peu « has been ».

Mais d’où viennent ces idées reçues ? Est-il dit que le psychanalyste se doit de cacher ses émotions et d’arborer un visage neutre au cours des séances ? Il paraît que Freud lui-même souriait peu mais certains affirment qu’il souffrait terriblement d’un cancer de la gorge qui le rongeait, ce qui ne l’empêchait pas de fumer des cigares continuellement.

Quelle place pour l’empathie dans le transfert ?

L’empathie est à la fois un obstacle et une nécessité. Il faut d’abord distinguer la place de l’empathie dans le transfert très différente de celle  pensée dans la philosophie ou dans le lien social. Dans le transfert la question de l’empathie est cruciale car l’analyste tente avec son patient de créer un espace tel que puisse se déployer, faire émerger, tout ce qui fait obstacle à une vie à peu près joyeuse c’est-à-dire toute la part sombre. Le travail de l’analyste consiste à déplier cette part d’ombre à l’intérieur de la relation transférentielle. C’est ce qu’on nomme le refoulé, ce que Freud appelle aussi l’inutilisable : pour la tendresse, l’amour, la reproduction et la sublimation.

Il faut se méfier de l’empathie émotionnelle qui rejoint l’identification et ne pas la confondre avec la sympathie. L’analyste n’a comme unique matériel, le transfert, qui se déroule pendant la séance et il doit veiller à ne pas reproduire les blessures d’enfance du patient tout en ne bloquant pas les pulsions haineuses à son égard.  Trop de réconfort pourrait bloquer des affects du patient qui auraient besoin de s’exprimer.

« L’empathie est la compréhension du mécanisme qui nous rend possible toutes prises de position à l’égard d’une autre vie d’âme, c’est ce qui permet de ménager l’autre et de lui apporter son aide » Freud. Psychologie des masses et analyse du moi. 1921

Dans le mouvement d’une cure avec ses temps longs de séance, extrêmement réguliers ou à certains égards l’analyste s’efface à l’intérieur même de la stabilité du cadre qu’il a créé, le travail se poursuit entre les séances et il est repris sous la forme d’un autre fragment transférentiel qui apparaît dans la séance suivante.

On a souvent à l’esprit l’habitude du psychanalyste qui ne dit rien. Peut-être  que Freud, en effet, ne souriait il pas à cause de son cancer de la mâchoire mais en revanche tous les patients qui ont suivi un bout d’analyse avec lui s’accordent à dire qu’il parlait beaucoup et faisait preuve de beaucoup d’humour.

Il est indispensable que l’analyste montre qu’il comprend son patient mais du point de vue du psychanalyste ce qui est plus important encore c’est d’être capable de ressentir ce que ressent l’autre tout en étant capable de comprendre que son ressenti n’est pas forcement l’outil absolu pour comprendre ce que ressent l’autre. C’est ce va et vient du mieux ressentir pour mieux comprendre et de mieux comprendre pour mieux ressentir qui est important.

Freud introduit quelque chose de nouveau dans l’empathie, c’est le positionnement moteur de l’interlocuteur. L’analyste s’exprime aussi avec son corps. Tous ses mouvements, croisements de jambes…seront perçus par l’analysant. La question de la froideur est à la mesure de la capacité à percevoir tous ses mouvements qui vont au-delà du contenu sémantiques énoncés dans une cure : respiration, prosodie, silence, rythme, différentes natures de silence puisqu’il y a mille manières de se tenir silencieux. Tous ces éléments moteurs vont être perçus par l’analyste et être construits et élaborés avec le patient et cela n’a rien avoir avec les bons sentiments. Il y a dans la sympathie, quelque chose qui est de l’ordre du bon sentiment et dans l’empathie quelque chose qui peut se passer totalement des bons sentiments.

Si on devait comparer le chirurgien et le psychanalyste, la différence majeure et que l’un opère un patient endormi alors que l’autre opère un patient éveillé. Il faut tenir compte de la souffrance que l’intervention ou la non intervention du psychanalyste peut susciter.

Si l’analyste doit indéniablement faire preuve de tact, il faudrait revoir ce que l’on entend par froideur et surtout comprendre si celle-ci est susceptible de créer du trauma.

Gardons à l’esprit que le but de l’analyse est de soulager.

Pour consulter un psychanalyste : Christelle HENNEQUIN-LOEUL, 06 28 35 17 09