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Écrivain-psychiatre : Lydie Salvayre

C’est en écoutant France Culture cet été dans ma voiture, que mon oreille s’est tendue à l’écoute d’une voix lente et rauque dont la douceur faisait détonner des propos plutôt directs et crus.

C’était Lydie Salvayre, l’invitée de l’émission, qui parlait de son dernier livre « Pas pleurer »  Prix Goncourt 2014. Ma curiosité fut piquée au vif quand j’appris que Lydie Salvayre appartient à la famille des médecins écrivains. En effet, en plus d’être écrivain, elle est psychiatre et travailla longtemps à l’hôpital auprès d’enfants et d’adultes en souffrance psychique.  Je me suis donc empressée de découvrir son œuvre et de lire son dernier roman.

Il y a de la tendresse et de la colère dans ses romans, des mises au point, des réfutations, des invectives par de bons orateurs qui n’ont pas leur langue dans la poche. Dans la tête de ses personnages, c’est souvent la guerre, opprimé par un ennemi intérieur ou extérieur mais la lutte contre l’oppresseur est un cul de sac, sans issue, et la tendresse vient au lecteur, témoin de l’impuissance de ces discours. Ce sont des romans sur la douleur psychique, la lutte entre soi et les autres, la lutte avec soi-même. 

« Pas pleurer » est l’histoire de ses parents espagnols, de sa mère surtout dont elle récolte les souvenirs de l’été 36 en Espagne. Un été orageux, l’été du coup d’état vécu différemment par sa mère, son père, son oncle maternel et par Georges Bernanos, en contre point, sous sa plume à travers son pamphlet contre le franquisme publié en 1938 « Les grands cimetières sous la lune ». Une écriture qui cogne, qui frappe, qui fait mal, qui n’atténue jamais la cruauté de ce qu’elle dit. Lydie Salvayre découvre à travers ce récit dont elle reprend des paragraphes entiers dans son livre que les comportements de l’église et des franquistes sont encore plus terribles que ce qu’elle avait pu en apprendre de la bouche de ses parents.

Ce roman est très romanesque aussi.  Les personnages se cognent la tête, ils n’arrivent pas à se faire entendre, à composer avec les autres. Lydie Salvayre montre à travers son écriture un intérêt pour les vies psychiques compliquées. Elle dit être devenue psychiatre pour tenter de comprendre un problème psychiatrique dans sa famille, avec son père et se rend compte avec le recul que s’il existe une explication, elle se trouve d’avantage dans la littérature que dans un manuel psychiatrique, le plus connu étant le «Ey»… Elle dit avoir adoré ses années avec les « fous » dans la clinique Bouc Bel Air et en CMPP avec des enfants. Elle apprend très vite que la frontière entre la folie et la non folie est une limite très poreuse. C’est ce qui l’aide à peaufiner le personnage de Diego pour montrer comment les idées politiques peuvent pousser. Ce qu’elle cherche à montrer chez Diego et chez Josep et comment leur inimitié s’est liée à des arguments irrationnels, affectifs, qui relèvent de l’enfance plus que sur des arguments raisonnables et des idées convaincantes.

« Il y a des gens qui vivent avec leur psychose tout à fait normalement. Il y en a qui ont gouverné un pays… La psychose est certainement la pire des détresses. N’avoir pas accès à l’autre est une chose terrible. »

Propos recueillis de l’émission « A voix nue » sur France Culture

Pour consulter un psychanalyste, Christelle HENNEQUIN-LOEUL, 06 28 35 17 09